Date de publication :
02.11.2026

Mois de novembre : nos ancêtres et la lune du castor

Novembre arrive toujours sur la pointe des pieds. Les dernières feuilles tombent, la brume s'accroche aux vallées le matin, et l'on se surprend à allumer la lampe dès 17 heures. 🌒
Nous venons de traverser la Toussaint, ces jours où l'on pense à celles et ceux qui nous ont précédés : on fleurit une tombe, on ressort un album photo.
Et si c'était justement l'invitation de ce mois ? Revenir à ses racines. Ralentir. Et lever les yeux, le 24 novembre, vers la plus grande pleine lune de l'automne.

Novembre en bref. Novembre est le mois où la nature se retire vers ses racines : à Paris, on perd environ 1 h 20 de jour entre le 1er et le 30. Le mois s'ouvre avec la Toussaint et le jour des morts, consacrés aux défunts et aux ancêtres. La Saint-Martin, le 11, coïncide souvent avec un dernier redoux. La pleine lune de novembre, appelée lune du castor, a lieu le mardi 24 novembre 2026 à 15 h 54 (heure de Paris) : c'est une super lune. En Ayurveda, le dosha Vata domine et appelle chaleur, régularité et ancrage.

Que se passe-t-il dans la nature en novembre ?

En novembre, la nature ne meurt pas : elle se met à l'abri. Les arbres ont mis de côté une partie de leurs ressources avant de lâcher leurs feuilles, les graines attendent dans le sol, et les animaux terminent leurs réserves ou s'endorment.
Avant qu'une feuille tombe, l'arbre en récupère une partie des nutriments : une grande synthèse a montré qu'en moyenne, arbres et arbustes récupèrent environ la moitié de l'azote de leurs feuilles avant leur chute (Aerts, 1996, Journal of Ecology). Ce qui tombe au sol, c'est ce qui n'est plus utile pour passer l'hiver. 🍂
Les graines, elles, attendent patiemment dans le sol. En montagne, les marmottes sont au fond de leur terrier ; le long des rivières, le castor termine ses réserves de branches.
Je trouve que les arbres nous montrent ici quelque chose de très simple : lâcher ce qui pèse, garder l'essentiel, et se préparer au repos.

L'été de la Saint-Martin, un dernier souffle de douceur

Le 11 novembre, on fête l'armistice de la première guerre mondiale, mais c'est également le jour de la saint Martin de Tours. La tradition populaire appelle « été de la Saint-Martin » ces journées douces et lumineuses qui surviennent souvent autour de cette date, avant que le froid ne s'installe. Ce n'est pas une règle météo, plutôt une observation paysanne transmise de génération en génération dans des dictons tels que "Bel été de la Saint-Martin présage un hiver certain". Si le redoux se présente, profitez-en pour une dernière grande marche au soleil. ☀️

Pourquoi se sent-on plus mélancolique en novembre ?

Parce que la lumière diminue, que l'humidité et le froid brouillent les paysages, et que notre corps suit le mouvement de la saison. La tradition du yoga y voit un appel naturel à l'introspection : ce n'est pas un défaut, c'est une saison.
La lumière du jour règle notre horloge interne : quand elle baisse, beaucoup d'entre nous ressentent davantage de fatigue et une envie de se replier. Les arbres nous montrent comment lâcher prise avant l'hiver, et comme les graines attendent le printemps, nous pouvons nous préparer à un temps de repos et de réflexion.

Il est naturel de ressentir une pointe d'épuisement en cette période de l'année. Les projets que vous avez portés avec tant d'ardeur pendant l'année commencent à perdre de leur élan.
Ce que je vous partage ici ne vient pas d'une étude, mais de l'observation et de la tradition du yoga, qui cherche depuis des siècles l'harmonie entre le dedans et le dehors. Selon elle, il est temps de se recentrer, d'accueillir nos besoins d'introspection, de solitude, de mélancolie et de nostalgie. Novembre, avec sa palette d'ombres, est propice à la réflexion intérieure.

Pourquoi novembre est-il le mois des ancêtres ?

Parce que le mois s'ouvre sur la Toussaint et le jour des morts, deux dates que notre tradition consacre aux défunts. Plus largement, cette saison tournée vers les racines invite à se demander d'où l'on vient, et ce que l'on a reçu.
Le 1er novembre, la Toussaint fête tous les saints, connus ou inconnus ; en 835, le pape Grégoire IV et l'empereur Louis le Pieux l'étendent à tout l'Occident chrétien. Le 2 novembre, jour des morts, a été institué en 998 par Odilon, abbé de Cluny. Comme seul le 1er est férié, c'est ce jour-là que l'on fleurit les tombes.
Ces fêtes ont des racines bien plus anciennes, celtes notamment, qui pensaient que le voile entre les vivants et les morts était bien plus fin en cette période de novembre (Lisez mon article "d'ou vient halloween"). Et l'on retrouve ce mouvement ailleurs : aux États-Unis, mais aussi au Mexique comme avec le Día de Muertos.

Penser à ses ancêtres, ça fait quoi ?

Des chercheurs en psychologie sociale (Fischer et al., European Journal of Social Psychology) se sont posé la question. Dans quatre études, des étudiants invités à penser quelques minutes à leurs ancêtres se montraient ensuite plus confiants et réussissaient mieux des tests intellectuels. L'effet semblait passer par un sentiment accru de contrôle sur sa vie, même quand on pensait aux aspects négatifs de sa lignée.

Les auteurs parlent d'une recherche exploratoire, à confirmer. Mais l'intuition est belle : nous sommes la suite d'une longue chaîne de vies qui peuvent encore avoir un impact dans notre psyché.

Et la psychogénéalogie ?

La psychogénéalogie, popularisée en France par Anne Ancelin Schützenberger (Aïe, mes aïeux !), part d'une idée simple : certains événements, croyances ou façons de réagir se transmettent d'une génération à l'autre, souvent sans que nous en ayons conscience.

N'avez-vous jamais eu la sensation d'agir exactement comme votre mère ou votre père, alors que ces réactions vous semblaient injustes quand vous étiez enfant ?

C'est une approche utilisée en accompagnement, avec des résultats rapportés par de nombreuses personnes, même si ses mécanismes ne sont pas encore tous démontrés scientifiquement. Comme pour le yoga, l'expérience vécue précède souvent la preuve.
Carl Gustav Jung, psychiatre des années 60 et père des études sur la synchronicité disait :
"Moins nous comprenons ce que nos pères et nos aïeux ont cherchés, moins nous nous comprenons nous-même, nous nous dépouillons de nos instincts."
(Lire mon article sur le sujet : etre-soi-meme-selon-cg-jung-comment-la-nature-a-structure-notre-psyche)

Qu'est-ce que la lune du castor et quand l'observer en 2026 ?

La lune du castor est le nom populaire de la pleine lune de novembre. En 2026, elle a lieu le mardi 24 novembre à 15 h 54 (heure de Paris), et c'est une super lune : la Lune sera particulièrement proche de la Terre, donc un peu plus grande et plus lumineuse que d'habitude.

🌕 Lune du castor 2026

  • Date : mardi 24 novembre 2026, 15 h 54 (heure de Paris)
  • Particularité : super lune, à environ 360 800 km de la Terre
  • Lever à Paris : vers 16 h 20, presque en même temps que le coucher du soleil
  • Quand l'observer : elle paraîtra pleine du 23 au 25 novembre

Le nom vient des almanachs nord-américains : novembre était le mois où les castors achevaient leurs huttes d'hiver, et celui où l'on posait les pièges avant le gel. C'est un nom populaire, pas astronomique.
Chez nous aussi, le castor a une histoire. Le castor d'Europe avait presque disparu de France au début du XXe siècle, avec la basse vallée du Rhône pour dernier refuge. Protégé, il a depuis recolonisé de nombreuses rivières, où ses barrages créent des zones humides pour bien d'autres espèces. Il réorganise les cours d'eau et assure leur bon état de santé.
Je ne vous dirai pas ce que cette lune va changer dans votre signe astrologique. Mais le castor me semble un bon guide pour novembre : celui qui, sans bruit, termine son abri avant le froid.

Que dit l'Ayurveda de novembre ?

En Ayurveda, novembre est encore dominé par le dosha Vata, l'énergie de l'air et de l'espace : froide, sèche, légère et mobile. Quand Vata est en excès, on le sent dans le corps (peau sèche, digestion irrégulière, sommeil léger) comme dans l'esprit (dispersion, inquiétude, difficulté à se poser).
Le principe ayurvédique est simple : le semblable augmente le semblable, le contraire rééquilibre. Face au froid, au sec et au mouvement de Vata, on cherche le chaud, l'onctueux, le stable et le régulier : repas à heures fixes, coucher plus tôt, pratique tenue plutôt que rapide.
Si vous voulez revoir les bases de Vata en automne, je les détaille dans l'article d'octobre (mois-octobre-couleurs-lumiere-automne-ayurveda-vata).

Novembre est aussi un mois de bascule : la tradition fait commencer le début de l'hiver (Hemanta) vers la mi-novembre. Le feu digestif s'y renforce avec le froid, l'appétit revient, et c'est le moment de bien se nourrir, chaud et cuit.
Pour l’Ayurveda, c’est aussi la saison où l’on bâtit son immunité, appelée Bala. Les textes classiques considèrent Hermanta comme la période où le corps est le plus robuste : bien nourrir son feu digestif maintenant, c’est constituer une réserve de force (Ojas) qui protège pendant les mois plus difficiles.

Voici ci-dessous, des conseils et pratiques pour harmoniser votre corps et votre esprit à l'énergie du mois de novembre.

🔥 Nourrir son feu digestif

En début d'hiver, l'Ayurveda ne demande pas de se restreindre, au contraire : un feu fort a besoin de bois. Voici les gestes que je vous propose pour l'entretenir.

  • Mangez vraiment, et gardez les jeûnes pour plus tard. Pour la tradition, un feu digestif puissant privé de nourriture finit par « brûler » les réserves du corps. Monodiètes et jeûnes longs se pratiquent plutôt en début d'automne et de printemps.
  • Faites de midi votre repas principal, quand le soleil est au plus haut. Le soir, un repas plus léger, et pas trop tard.
  • Allumez le feu avant de manger : une fine lamelle de gingembre frais, une pincée de sel et quelques gouttes de citron, à mâcher une dizaine de minutes avant le repas.
  • Chaud, cuit, enraciné : soupes de légumes racines, légumineuses bien cuites (lentilles corail, pois cassés), un filet d'huile ou de ghee, et des épices réchauffantes (gingembre, cumin, poivre noir, cannelle).
  • Une tisane CCF après le repas : une cuillère à café de graines de cumin, coriandre et fenouil, infusées dix minutes.
  • Laissez le feu travailler : évitez le cru, le glacé et l'eau froide pendant les repas, et laissez trois à quatre heures entre deux repas plutôt que de grignoter.
Gingembre, citron et épices pour nourrir le feu digestif selon l’Ayurveda

🧘 Le yoga de novembre : s'ancrer et réveiller le feu

Trois postures, tenues plusieurs respirations :

  • la posture de l'arbre (Vrksasana), pour l'équilibre et l'ancrage dans le pied ;
  • l'arc (Dhanurasana), allongé sur le ventre, mains aux chevilles : il ouvre tout l'avant du corps et masse l'abdomen, siège du feu digestif (allez-y doucement si votre dos est sensible) ;
  • la pince assise (Paschimottanasana), pour une compression douce du ventre et un retour au calme.

Pour réveiller le feu, la respiration du feu, chère au yoga kundalini : on respire vite et en rythme par le nez, l'expiration poussée par un petit mouvement du nombril vers la colonne, l'inspiration se faisant toute seule. Commencez par une minute, le matin à jeun, puis allongez progressivement jusqu'à trois. Elle est déconseillée pendant la grossesse et les règles, en cas d'hypertension, de problème cardiaque ou de chirurgie abdominale récente ; arrêtez-vous si la tête tourne.
Pour apaiser l'esprit le soir, la respiration alternée (Nadi Shodhana) reste l'une des plus adaptées à Vata (pranayama-nadi-shodhana-respiration-alternee-apaiser-esprit).

☀️ Bouger plus franchement, aux lumières de midi

Pour l'Ayurveda, le début de l'hiver est la saison où le corps est le plus robuste, et donc celle où l'on peut bouger le plus franchement. Marche rapide, course, vélo, ski de fond dès que la neige est là : un effort qui réchauffe de l'intérieur et fait un peu transpirer.
Placez-le si possible autour de midi : c'est le moment où la lumière du jour est la plus intense, et en novembre c'est souvent la seule vraie dose de lumière de la journée. Vingt à trente minutes dehors suffisent.
Après l'effort, avant la douche, massez-vous de la tête aux pieds avec un peu d'huile de sésame tiédie : en Ayurveda, c'est le geste anti-Vata par excellence. 🌿

Comment honorer ses ancêtres et vivre novembre, simplement ?

Pas besoin de grands rituels : quelques gestes réguliers suffisent pour accompagner la saison. Voici ce que je vous propose ce mois-ci.

🕯️ Un rituel pour vos ancêtres, sans religion

Choisissez une photo, un objet ou simplement un prénom. Allumez une bougie, et prenez dix minutes pour écrire :

  • ce que vous avez reçu de cette personne (une force, un goût, une manière de faire) ;
  • ce que vous souhaitez garder ;
  • ce que vous choisissez, avec douceur, de ne plus porter

Vous pouvez aussi cuisiner une recette de famille, ou marcher sur un chemin qu'aimait un grand-parent.

🌕 Une marche pour la lune du castor

Le 24 novembre, sortez vers 16 h 30 sur un chemin que vous connaissez bien, face à l'est. Regardez la lune se lever pendant que le soleil se couche derrière vous, et marchez lentement, sans écouteurs.

Est-ce le bon moment pour une retraite d'introspection ?

Oui, si vous sentez le besoin de vous poser vraiment, et pas seulement de « tenir » jusqu'aux fêtes. Quelques jours hors du quotidien, en pleine nature, permettent de vivre la saison au lieu de la subir.
C'est l'esprit de notre retraite Kundalini en pleine nature, dans la Drôme : quatre jours de yoga kundalini, de méditation, de bains de gong et de marches, dans un éco-gîte au calme. Elle est accessible à tous les niveaux. Beaucoup de participant·es viennent seul·es, et repartent avec un groupe.
‍
Et si vous préférez attendre la neige, le week-end yoga et rando en raquettes prolonge ce temps d'intériorité dans le silence de l'hiver. ❄️

Questions fréquentes sur le mois de novembre

Quand a lieu la lune du castor 2026 ?

Le mardi 24 novembre 2026 à 15 h 54, heure de Paris. C'est une super lune, visible pleine du 23 au 25 novembre ; le plus beau moment est son lever, vers 16 h 20 à Paris.

Pourquoi l'appelle-t-on la lune du castor ?

Le nom vient des almanachs nord-américains : en novembre, les castors achèvent leurs huttes pour l'hiver. C'est un nom populaire, pas astronomique.

Comment honorer ses ancêtres quand on n'est pas croyant·e ?

Par des gestes simples : regarder des photos, écrire ce que l'on a reçu d'une personne, cuisiner une recette de famille, marcher sur un chemin qu'elle aimait. L'attention compte plus que la forme.

Pourquoi est-on plus fatigué·e en novembre ?

La baisse de lumière dérègle un peu notre horloge interne, et l'Ayurveda y voit l'influence de Vata. Se coucher plus tôt, prendre la lumière du matin et manger chaud aident. Si la fatigue est intense ou durable, consultez.
Novembre ne vous demande pas d'en faire plus. Il vous invite à revenir à vos racines, à vous mettre à l'abri, et à garder un peu de lumière pour les jours sombres. Comme le castor, préparez votre abri.

À bientôt en nature,

Alexis

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