À la mi-octobre, la bascule est là pour de bon. La nuit gagne, les fins d'après-midi se ferment tôt, et bientôt on nous retirera une heure un dimanche matin. Dans les vitrines, les citrouilles apparaissent. Et derrière ce folklore un peu commercial se cache une histoire bien plus ancienne et bien plus belle : celle de Samhain, la fête celte de la fin des récoltes, ancêtre directe d'Halloween et de la Toussaint. Comprendre d'où vient Halloween, c'est comprendre pourquoi, chaque année à cette date précise, quelque chose en nous a envie de rentrer, de ralentir et de marquer le passage.
En bref — d'où vient Halloween ? Halloween descend de Samhain, la fête celte du 31 octobre – 1er novembre qui marquait la fin des récoltes et le nouvel an celtique, l'entrée dans la saison sombre. Au IXe siècle, l'Église a placé la Toussaint au 1er novembre pour la recouvrir ; la veille, All Hallows' Eve (« veille de la Toussaint »), s'est contractée en Halloween, exportée en Amérique par les émigrants irlandais — où les navets creusés sont devenus des citrouilles. Trois fêtes, une seule racine : la bascule de la lumière vers l'ombre.
Avant les fêtes, un mot. October vient du latin octo : huit. Octobre était le huitième mois du calendrier romain primitif, qui commençait en mars. Quand le début de l'année a glissé au 1er janvier, les noms sont restés figés — et voilà pourquoi octobre, « le huitième », occupe aujourd'hui le dixième rang.
Nos calendriers sont des couches empilées : un vieux comptage agricole recouvert par Rome, recouvert par l'Église, recouvert par l'administration moderne. Et c'est précisément ce mois-ci, avec Samhain, qu'on voit affleurer la couche la plus ancienne — celle où le temps des hommes était réglé sur le temps de la nature, pas sur les décrets.
Le premier grand marqueur d'octobre est brutal : le passage à l'heure d'hiver. En 2026, il tombe dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre — à 3 h du matin, il sera 2 h. Du jour au lendemain, la nuit tombe une heure plus tôt.
Ce décrochage d'une heure n'est pas anodin pour l'horloge biologique, qui se règle avant tout sur la lumière. Beaucoup de gens vivent la semaine suivante avec un sommeil un peu chamboulé, une humeur en dents de scie, une envie de dormir dès la fin d'après-midi. Le corps ne se dérègle pas : il essaie de se réaccorder à un signal qu'on lui a déplacé de force. (Le meilleur levier pour l'accompagner, c'est la lumière du matin — on explique pourquoi dans notre article sur les couleurs et les lumières d'octobre)
Voilà le cœur du mois. Nos fêtes de fin octobre ne sont pas des inventions modernes : elles sont l'empreinte, très ancienne, de la bascule de la nature.
Les peuples celtes divisaient l'année en deux moitiés : la saison claire et la saison sombre. Le passage de l'une à l'autre, autour du 31 octobre – 1er novembre, portait un nom : Samhain (qu'on prononce à peu près « sa-ouinn »). Ce n'était pas une fête parmi d'autres : c'était la fin des récoltes, la fin des travaux des champs, et le début de la nouvelle année celtique. Le mot a d'ailleurs donné son nom au mois de novembre dans les langues gaéliques. Pour ces peuples dont le calendrier suivait la terre, l'année commençait quand la nature entrait dans le noir — une idée vertigineuse : commencer l'année non pas dans l'élan, mais dans le repli.
Samhain était aussi un moment de passage au sens fort. On croyait que le voile entre le monde des vivants et celui des morts s'amincissait, que les âmes des défunts revenaient rendre visite aux familles. On allumait de grands feux au sommet des collines pour éloigner les mauvais esprits, on laissait des offrandes, on se déguisait pour se fondre parmi les ombres.
De Samhain à Halloween, en quelques dates :
On peut trouver tout cela folklorique. Mais ces traditions disent une chose très juste : un passage important mérite d'être marqué, pas seulement traversé. Nos ancêtres n'avaient pas de calendrier social pour amortir la bascule ; ils en faisaient une fête. Nous, on a tendance à laisser octobre nous filer entre les doigts, entre deux réunions, jusqu'à se retrouver un matin de novembre dans le noir sans savoir comment on y est arrivé.
Car c'est là tout le tiraillement du mois : notre corps ralentit — il réclame plus de sommeil, des aliments plus consistants, moins d'agitation — pendant que notre agenda, lui, ne ralentit pas du tout. La fête des morts, la Toussaint, ce jour férié posé au 1er novembre : ce sont les derniers vestiges d'un calendrier qui, autrefois, respirait au rythme des saisons. Les honorer, même modestement, c'est se réaccorder un peu à ce rythme ancien.
Puisque la saison invite au repli, voici deux postures faites pour ça : elles ramènent vers l'intérieur et vers le sol.
Ces deux postures se marient bien avec une respiration lente et une pensée pour ce qu'on souhaite laisser derrière soi avant l'hiver.

Le piège d'octobre, c'est de vivre la perte de lumière comme une petite défaite, et de passer le mois à résister, à regretter l'été. Samhain propose l'inverse. Nos ancêtres ne subissaient pas l'entrée dans le noir : ils en faisaient le début de leur année. Pour eux, la saison sombre n'était pas une perte, mais une descente nécessaire — le moment de rentrer, de se recueillir, de laisser la terre (et soi-même) se reposer avant de repartir. Il faut une saison sombre pour qu'une saison claire ait un sens.
Ce n'est pas la nuit qui nous pèse — c'est de vouloir la traverser comme si c'était encore le jour.
Quelle est l'origine d'Halloween ?
Halloween vient de Samhain, la fête celte du 31 octobre marquant la fin des récoltes et le nouvel an celtique. Christianisée en Toussaint au IXe siècle, sa veille (All Hallows' Eve) est devenue « Halloween », puis a été popularisée par l'Amérique.
Halloween est-elle une fête celte ou américaine ?
Les deux : la racine est celte (Samhain), mais la forme moderne — déguisements, citrouilles, « des bonbons ou un sort » — s'est façonnée aux États-Unis au XIXe–XXe siècle avant de revenir en Europe.
Quelle différence entre Samhain et la Toussaint ?
Samhain est la fête celte du nouvel an et des morts (31 oct – 1er nov). La Toussaint est la fête chrétienne de tous les saints, fixée au 1er novembre au IXe siècle pour recouvrir Samhain ; la fête des défunts suit le 2 novembre.
Quand a lieu le changement d'heure en 2026 ?
Dans la nuit du samedi 24 au dimanche 25 octobre 2026 : à 3 h du matin, il sera 2 h. On « gagne » une heure de sommeil, mais la nuit tombe plus tôt.
Si Samhain enseigne une chose, c'est qu'une bascule se vit mieux quand on lui laisse de la place. Pour finir l'année en beauté, notre dernière retraite de yoga de la saison se vit en immersion totale, avec une enseignante expérimentée qui pratique aussi le massage ayurvédique. Idéale pour offrir à son système nerveux une vraie remise à zéro avant l'hiver.
À bientôt en nature.
Alexis
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